Lettre ouverte au camarade Filoche

gerard-filocheCamarade, nous nous permettons de t’adresser ce texte, suite à ton passage ce 10 mai à « On n’est pas couché ». Posons les choses clairement, nous avons du mal à voir programmatiquement ce qui nous sépare de toi. Très clairement est dessinée une vision de la société qui a toujours été défendue dans le socialisme historique. Ce n’est pas du Cahuzac ! La lutte des classes et le rapport de force entre salariat et patronat sont deux éléments structurants ta pensée. Naturellement découle l’idée de partager le temps de travail et la richesse. Le constat sur la véritable richesse de la France est partagé entre une aile gauche du PS, une partie d’EELV et le Front de Gauche. Mais diable ! Qu’attendons-nous pour faire émerger cette force de transformation sociale ? Avons-nous le luxe d’attendre, de se regarder en chien de faïence comme nous le faisons depuis plusieurs années ?

La frustration, le dépit et le découragement ne sont jamais loin lorsque l’on milite au quotidien amnistie_1pour un changement de société. La bataille culturelle est rude. Tu as la conviction que le changement arrivera mais nous avons l’impression que tu restes dans l’expectative du déclenchement de la situation. En voyant ton passage télévisuel, on est amené à se demander si François Hollande et son gouvernement ne sont pas, tout simplement, la principale chose à laquelle tu t’opposes. Tout y passe : la réforme territoriale, l’organisation de la 5ème République, le partage des richesses, la captation de la richesse par l’oligarchie contre le Peuple, la lutte intransigeante contre la fraude fiscale, l’ANI, le pacte de responsabilité et la nomination du « minoritaire Valls », entre autres. Pour sûr, tu es féroce contre toutes ces mesures du gouvernement que tu juges « illégitimes ».

En réalité, ce passage télé est un inventaire qui, comme nous le pensons, t’amènera à la conclusion que d’autres ont tiré : le PS est en voie de disparition. Dans les faits, « 40% du Bureau National du PS » est sur ta ligne, mais qui a été choisi pour être premier secrétaire ? Jean-Christophe Cambadélis. C’est bien la preuve que même 40% du BN ne suffit pas à peser sur la ligne du Parti Socialiste. Il est PASOKisé. Sinon, comment peut-il être défendre le soutien européen à Martin Schulz, allié avec Merkel, pour lutter contre l’austérité en Europe. On se pince ! Le Parti Socialiste doit encore son existence à son réseau d’élus extrêmement puissant. Seulement, les défaites s’accumulant amènent le PS à reconsidérer son hégémonie à gauche. A tel point que dans quelques temps, la logique comptable imposera la recherche de nouvelles alliances. Il est à craindre que cela ne sera pas sur les bases de ta ligne. La nomination de Valls est là pour solder définitivement l’idée même qu’une recomposition sur des bases de gauche soit possible. La présence de François Rebsamen, grand défenseur de l’alliance au centre, chargé du travail et du dialogue social, est significative également de la direction que prendront les futures alliances partisanes. C’est d’ailleurs le sens du vote du pacte de responsabilité de 50 milliards d’euros. Hollande méprise au plus haut point les parlementaires de la majorité car il considère qu’il ne risque rien, puisque les députés PS réfractaires « ne lâcheront jamais leurs indemnités ». Cela ayant été dit avant le vote, il est incompréhensible que seulement 41 députés se soient (seulement) abstenus. Le gouvernement dit en substance aux parlementaires socialistes « vous êtes godillots et vous allez tout voter le doigt sur la couture du pantalon » et plus de 200 l’ont fait sans rechigner !

Tu argues du fait que la prochaine fois, ils seront plus de 80. Mais pendant ce temps-là, la désespérance progresse et nous devons faire le constat amer que l’UMP et le FN tireront les marrons du feu. Nous avons une responsabilité collective historique. Sinon, nous serons tous balayés par les évènements. Nous avons constaté que Liem Hoang-Ngoc (récemment à l’initiative du « Club des Socialistes Affligés ») était présent le 12 avril et le 1er mai aux côtés des syndicalistes, des salariés, des ouvriers et du Front de Gauche. Nous avons également vu que le député Christian Assaf mettait en discussion l’idée du développement d’un programme. Nous t’avons entendu dire qu’il fallait que la rue s’implique pour imposer un changement de politique, mais à notre connaissance, nous ne t’avons pas vu dans ces moments, politiques, de convergences de lutte.

unitayNous espérons que la claque que la gauche prendra aux européennes permettra de se réunir autour d’un programme ambitieux de partage de la richesse, de la relance économique et de la mise à bas de la politique d’austérité qui fait que nous avons 6 millions de chômeurs. Le printemps sera l’occasion de manifester et de montrer quel sera le projet de société que nous voulons défendre. J’espère que nous te verrons tenir la banderole main dans la main avec Pierre Laurent, Emmanuelle Cosse, Jean-Luc Mélenchon et d’autres le 15 mai prochain. Nous étions unis en 2005 lors du référendum sur le TCE. La gauche sociale et politique était unie pour défendre la retraite à 60 ans en 2010. A quand une tribune commune dans un grand journal ou sur des plateaux de télévision pour dire que nous allons construire ensemble une alternative politique, et pas une alternance ? A quand un meeting commun pour acter que désormais, et de façon implacable, les républicains de gauche seront ensemble et debout et qu’avec nous, le libéralisme, la mise à sac de la République, le chômage et le désespoir : c’est terminé ?

La rédaction du Plaidoyer Républicain

Alexandre Emorine

Arnaud Guvenatam

Yann Paczynski

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