6 mai : le républicain Robespierre ou le monarque Hollande ?

 

buste-de-robespierreEn ce 6 mai, faites bien attention aux journaux, imprimés ou télévisés, ou aux réseaux sociaux. Vous ne verrez qu'une date anniversaire parsemer vos écrans : les deux ans de présidence de François Hollande et son interview matinale. Pour nous, cette date est toute autre. Nous ne nous occupons pas d'un homme qui sera balayé rapidement par l'histoire. Le 6 mai correspond à la naissance d'un grand républicain et d'un révolutionnaire de premier plan : Maximilien Robespierre. Il y a 256 ans (un savant calcul nous indique donc que cela se déroule en 1758) naissait à Arras celui que l'on surnommera plus tard « l'Incorruptible ». Rassurez vous, cet article ne va pas être une biographie en modèle réduit de Robespierre. Hamel, Mathiez et bien d'autres l'ont fait bien avant et bien mieux que nous ne saurions le faire. Comme pour l'immense figure de Jaurès, il ne s'agit pas de commémorer Robespierre. Il s'agit de le célébrer, certes brièvement, et de s'en inspirer pour nos combats actuels qui, deux siècles et demi après, sont malheureusement encore les mêmes.

Quels sont-ils ces combats me direz vous ? Ce sont ceux qui marchent inéluctablement vers la justice sociale, vers le partage des richesses, vers l'égalité des droits et la liberté des êtres humains. Ces combats sont les combats républicains qui, abandonnés dans les faits par presque toutes les familles politiques, sont bien souvent de simples slogans écrits à la va-vite sur des banderoles et des tracts. Bien loin du portrait noir dressé par les réactionnaires de tous poils, il est important de se rappeler quelles furent les grandes prises de position de Robespierre. Il faut rendre hommage à la personne qui a prôné en premier le droit de vote pour les juifs et les comédiens, et ce dès 1789. Il faut mettre en lumière le premier homme politique qui, en 1791, déclara publiquement vouloir abolir l'esclavage, ce qui a été fait en 1794 par la Convention montagnarde. Une disposition vite annulée par Napoléon. Il fallut attendre ensuite 1848 pour que la République abolisse définitivement l'esclavage sur les territoires français. Robespierre, c'est également l'un des premiers hommes politiques à promouvoir partout le suffrage universel et l'abolition de la peine de mort quand d'autres, devenus aujourd'hui des parangons de vertu comme Danton, ne cherchaient qu'à conserver leurs privilèges et leur audience. Il fut également ce républicain qui refusa toujours l'interventionnisme des armées françaises, ne les voyant que comme des outils de défense du territoire national. Les français devraient se rappeler de ces positions, à l'heure de voter pour élire les députés au parlement européen, dans une Europe qui joue toujours plus avec le feu dans la crise ukrainienne. Le gouvernement Valls/Hollande, si prompt à s'acharner sur les syndicalistes, devrait regarder les prises de position de Robespierre en la matière. Il entama un combat, achevé 90 ans après sa mort, pour la suppression totale et définitive de la loi Le Chapelier qui interdisait les regroupement syndicaux. Ce combat oh combien juste s'inscrit dans une vision d'émancipation du peuple et pour les libertés publiques – comme la liberté de la presse ou de conscience, la liberté de réunion ou d'association –, indissociables de la bonne marche d'une société apaisée. En 1792, il sera également l'un de ceux qui s'insurgeront contre la liberté totale du commerce, en prônant le droit à l'existence comme premier droit de l'homme. Pas de « concurrence libre et non faussée » qui tienne !

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Robespierre à la tribune des jacobins, par Tessanoel

Tous ces combats, résumés ici en quelques lignes mais qui firent des heures de discours, de débats et d'écritures ne vous rappellent donc rien ? Et bien pour moi ils sont contemporains. Ils sont contenus dans le projet du Front de Gauche, dans son ADN. Il nous faut donc nous réapproprier nos figures fondatrices, que les idéologues libéraux et réactionnaires veulent nous arracher comme pour nous couper de nos racines républicaines.

Hollande-Louis-XVI-majestéEn ce 6 mai, ne cherchez donc pas à revenir deux ans en arrière avec regrets, en pleurant sur ce qui s'accomplit à l’Élysée et à Matignon prétendument au nom de la gauche. Ce qui se passe derrière les grilles de ces châteaux est plus proche de Louis XVI que des sans-culottes, il suffit de revoir l'interview du Roy François de ce matin. Regardez plutôt 200 ans avant, dans l'histoire républicaine de la France. Vous y verrez que notre avenir y est tracé. Agissons comme le grand Jaurès l'écrivait dans son Histoire Socialiste de la Révolution Française : asseyons-nous sur les bancs des jacobins, et aux côtés de Robespierre. Et proclamons que nous sommes robespierristes !

Alexandre Emorine

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