Salopards !

Cela fait quelques jours que nous entendons parler du SMIC. Ce sujet surgit dans l'actualité sans crier gare. C’est donc le signe que de grands bouleversements sur le salaire minimum sont à attendre, les premiers ballons d’essais sont lancés. Comment faire accepter décemment une baisse directe du SMIC sans provoquer des remous, voire des émeutes en France ? Voilà le cœur de l’affaire.

Allons bon, on a l’habitude de ce genre de coups tordus de la part de l’UMP, notamment lorsque Laurent Wauquiez proposait de faire travailler « gratuitement » des allocataires du RSA en 2011. La gauche à l’époque s’était insurgée contre ces propositions à l’emporte-pièce. Mais ça c’était avant.

En 2014, le contenu politique de la droite est complètement épuisé, puisque le Parti Socialiste fait exactement la même politique économique. C’est amusant de voir que maintenant entre la « gauche » gouvernementale et l’UMP, on se retrouve dans des débats dignes de la grande époque du gauchisme pour savoir où placer la virgule, quelle intonation donner à telle ou telle phrase. Blague à part, ce sont bel et bien les caciques du Parti Socialiste qui ont lancé les attaques les plus virulentes contre le SMIC ces dernières semaines. C’est à en pleurer. Bien sur, ce ne sont pas tous les socialistes. On imagine mal voir Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche ou Liêm Hoang-Ngoc demander à rémunérer des travaux en dessous du SMIC. Ces attaques proviennent en premier lieu de Pascal Lamy. lamyCet olibrius a été directeur de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), que l’on pourrait nommer Libertern (l'internationale libérale en quelque sorte). Cet homme propose tout simplement des «petits boulots» payés en dessous du Smic. Il ose même tenir ce genre de propos : « Un petit boulot, c’est mieux que pas de boulot ». Dans un sens, il est préférable d’avoir ce genre d’individus disant clairement le fond de leur pensée et qui la défendent contre vents et marées : le décor a le mérite d'être posé ! Dis-nous Pascal, quelle sera la prochaine étape ? On va arrêter d’envoyer les enfants à l’école et on les refait travailler ? Ben voyons, c’est LA solution, la Chine est compétitive grâce à l’exploitation des enfants. Faisons de même, nous gagnerons des « parts de marché ». C’est peu ou prou la position de cette affreuse libérale de Sophie de Menthon. Mais la désespérance ne s’arrête pas, voilà qu’un homme respectable de mon point de vue a franchi le Rubicon ! Hubert Véderine enfonce le clou : « Je pense que Pascal Lamy, même si c'est choquant, n'a pas entièrement tort. C'est une étape pour la réinsertion dans le marché du travail. ».

Sous Sarkozy, il ne me semble même pas que le MEDEF parlait de la sorte. Et bien là, sous un gouvernement de gauche, ce sont des gens du PS qui tiennent ce genre de discours. Avec ces signaux envoyés, il n’en fallait pas plus au MEDEF pour se mettre au diapason ! Voilà que French President Hollande shakes hand with employer's body MEDEF union leader Gattaz at the Elysee Palace in ParisPierre Gattaz se positionne pour « l’instauration d’un salaire transitoire en dessous du SMIC ». Je vais le citer dans le texte : « il vaut mieux quelqu’un qui travaille dans l’entreprise avec un salaire un peu moins élevé que le Smic, de façon temporaire et transitoire, plutôt que de le laisser au chômage ». N’importe qui d’un peu sensé comprendra que les entreprises préféreront n’avoir que des employés sous ce régime transitoire pour n’avoir jamais à payer des salaires au niveau du SMIC. Et quand des employés sortiront de ce régime transitoire, il ne faudra pas s’attendre à avoir des salaires au-dessus du SMIC.

Grosso modo, le MEDEF veut faire de la France un Royaume-Uni qui ne dit pas son nom. Les contrats 0 heure seront légions. Il faudra pour cela faire exploser le Code du Travail, c’est-à-dire revenir un siècle en arrière. Bien évidemment, cela serait de la pure fiction. J'ose espérer que le gouvernement ne pourra jamais supprimer le SMIC en France. Pour autant, il y a un véritable loup qui se cache dans la bergerie. Pourquoi ?

Chers lecteurs, vous n’êtes pas sans savoir qu’en Allemagne, l’équivalent du PS a réussi à « imposer » le SMIC. Il sera de l’ordre de 8.50 euros de l’heure. En France, il est de 9.53 euros de l’heure. Vous voyez directement où les gouvernants veulent en venir. Toute la journée, on vous bassine sur le fait que le « coût du travail est trop élevé par rapport à l’Allemagne ». La boucle est bouclée. Il y a une agitation de chiffon rouge sur la suppression du SMIC pour que vous acceptiez mieux une simple baisse du taux horaire du SMIC pour le caler à celui de l’Allemagne. En gros, c’est une perte massive de pouvoir d’achat. Je le dis clairement, ces gens sont des salopards !

C’est un non-sens économique. Enfin si, ça a du sens si l’on veut mettre l’état social à genoux. La baisse généralisée des salaires aura une conséquence immédiate : la consommation populaire va décliner. Nous allons donc devoir recourir à l’emprunt et à la dette creusant ainsi les déficits. Et l’on reviendra vous dire que la dette ne cesse d’augmenter et que l’on peut plus être en mesure de financer les services publics, les hôpitaux, le chômage, les retraites. Je ne vous fais pas un dessin, mais c’est exactement ce qui a mis la Grèce dans la misère. Une misère qu’elle n’avait plus connue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Nous sommes en grand danger ! Mais il y a des alternatives.

genereuxFace à cette mise en place d’un état minimal (le rêve de tout libéral qui se respecte) nous pouvons proposer le renforcement de l’état social. Comment serions-nous en mesure de faire cela ? La base de l’économie française repose sur la consommation. La logique serait donc d’augmenter les salaires. Mettre un SMIC à 1700 euros par mois coûterait à la France 20 milliards d’euros. Quand on sait que les grands patrons du CAC40 se versent 210 milliards de dividendes par an dans la poche, nous ne sommes pas trop méchants à ne pas exiger un SMIC à 2000 euros par mois ! Voilà déjà qui relancerait le principal moteur de l’économie française. Mais surtout, nous devons ne rien lâcher sur le code du travail. Des témoignages concordent sur le fait que cela est le principal obstacle à l’appétit sans limite du patronat parasite !

Bien sur, ce ne sera pas une mesure isolée qui résoudra tous les problèmes. Nous devons être intransigeants vis-à-vis du gouvernement. L’acte III de la décentralisation va organiser le territoire républicain autour de la notion de pôles de compétitivité. Je vous le dis d’avance, le but de ces mesures n’est pas tant de faire des économies sur le « fonctionnement de l’État », mais cela sera une porte ouverte pour la différenciation des niveaux de salaires. Bientôt, vous verrez des entreprises exiger d’avoir sur des bassins peu « compétitifs » un SMIC inférieur au seuil défini par la loi. Pourquoi s’arrêter là lorsque l’on est puissant dans le rapport de force ? L’attaque massive contre le monde du travail doit être punie, mais derrière ces attaques, ce sont l’unité et les valeurs républicaines qui sont en ligne de mire. Jugez sur pièce. Denis Kessler a dit : «Il s'agit de défaire méthodiquement le programme du CNR ». Il est hors de question que nous revenions à une situation d’avant-guerre. La Gauche républicaine doit se mettre vent debout contre ce qui s’annonce être la fin du contrat social. dumpingIl faut mettre un grand coup de balai. Les institutions doivent changer pour que le Peuple ne soit plus en situation de subir ce genre d’attaques. Il devient insupportable de voir la misère se généraliser, de voir des jeunes sur-diplômés ne pas trouver de travail car considérés comme trop qualifiés, de voir des jeunes sans diplômes écumer les agences de Pôle Emploi car considérés comme pas assez qualifiés, de voir des gens à 67 ou 68 ans reprendre des petits jobs parce que les pensions sont trop faibles. Ça suffit ! Nous ne devons avoir qu’un programme, celui du bonheur et des jours heureux !

 

Arnaud Guvenatam

 

 

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