Sale temps pour la République

150121-calais-migrants-mutio            En parallèle à la vague bleue (foncée) qui s'annonce à l'occasion des prochaines échéances électorales, nombreux sont les sujets d'actualité qui ne manquent pas d'alarmer. Violence sociale de la direction d'Air France, sortie scandaleuse de Nadine Morano et question migratoire augurent des jours bien sombres pour le débat politique dans notre pays. Compatissants pour les forts et sans pitié contre les faibles, nos gouvernants choisissent de défendre des positions que ne renierait en rien Nicolas Sarkozy s'il était aux affaires. Avoir plus de compassion pour une chemise arrachée que pour la mise au ban sociale de 2900 personnes est une goutte d'eau dans l'océan des compromissions de cette frange de la gauche qui gouverne la France. Or, celle-ci n'a rien d'anodin.

            Elle témoigne en effet d'un recul profond des sentiments de fraternité et de justice sociale dans notre pays. Alors que nous fêtons les 70 ans de la Sécurité Sociale, pas un jour ne passe sans que l'on entende au travail, dans les transports ou dans les médias jurer contre les « assistés », les « privilégiés » et « ceux à qui tout est donné ». Malheureusement, on ne qualifie jamais ainsi les patrons du CAC40, les dirigeants des multinationales (comme l'ancien PDG de Volkswagen qui quitte l'entreprise après le scandale des voitures truquées avec un joli pactole de 28 millions d'euros) ou le trésorier du FN mis en examen pour recel d'abus de bien sociaux. Non. On parle des salariés d'Air France qui, alors qu'ils sont acculés, tentent dans un immense coup d'éclat d'attirer les projecteurs sur leur lutte. Mais on ne lesemploi-flotte-commandes-les-annonces-de-la-direction voit que pour mieux les enfoncer, les faire passer pour de sombres barbares cherchant à détruire l'un des fleurons aériens français. Encore une fois, l'état est absent de ce dossier politico-médiatique. Et quand il est timidement présent, c'est pour prendre des positions bien éloignées de la tradition de gauche, humaniste et républicaine. À aucun moment le gouvernement, qui compte pour 17% du capital d'Air France, ne cherche à écouter les salariés et leurs légitimes revendications. Air France fait des bénéfices mais ça, personne ne veut l'entendre !

            On évoque plutôt les 24 000 malheureux syriens que notre pays daigne accueillir, eux qui fuient les horreurs de Daesh alors que les occidentaux regardent sans rien faire. Alors que la seule réponse devrait être une réflexion sur les causes et les conséquences des déplacements de populations, tout le monde se cache derrière son petit doigt. Comme si un quart du Stade de France changeait l'équilibre de la France, on croit rêver ! À nos chers identitaires de tous poils, qu'ils se trouvent au FN, chez «  Les Républicains » ou au Ministère de l'Intérieur, juste quelques chiffres pour démontrer que vous êtes une fois de plus dans l'erreur : l'immigration rapporte chaque année 12 milliards de plus que ce qu'elle ne coûte au pays. Une expulsion coûte 20 000 euros. Faites le compte ! Oui, il faut régler la question migratoire. Bien entendu, personne ne dit ici qu'il faut accueillir en France tous les réfugiés du monde. Comment pourrions nous les recevoir dignement si les mêmes politiques économiques continuent de s'exercer dans notre pays ? Nous ne le pourrions pas. Le préalable à tout règlement, en France, de la question migratoire syro-irakienne, est l’anéantissement de Daesh. Militairement bien sûr, sous l'égide de l'ONU, par une action concertée des acteurs locaux et mondiaux. Mais également dans les mentalités : car sans cela, il ne sera aucunement possible de régler dans le fond les tensions en Syrie et en Irak. N'oublions pas que les 8 millions d'habitants sous la coupe de Daesh subissent quotidiennement un lavage de cerveau depuis plusieurs mois. Mais tout cela paraît impossible à nos gouvernants, tant l'absence de vision géostratégique et géopolitique semble criante. De là à se dire que la situation paraît bloquée pour des années, il n'y a qu'un pas que l'on franchit facilement.

            Face à ces errements identitaires et libéraux (qui ne sont que les deux faces d'une même pièce), la réponse devrait être à la hauteur de l'enjeu. Plus de laïcité et plus de république sont l'unique solution à nos mots. Par ces deux notions, visibles au quotidien, nous pouvons régler les grandes questions de notre temps : le rapport aux flux migratoires, au chômage et à l'emploi. D'autres politiques sont possibles, si tant est que l'on se donne la peine de les vouloir et de tout faire pour les appliquer. Pour cela, un grand mouvement de réappropriation de nos thèmes, ceux de la France républicaine, est à mettre à l'ordre du jour. C'est ce à quoi nous nous employons, à notre petite échelle, dans notre association. Par la lutte contre les multinationales de l'eau et par la promotion des valeurs républicaines, nous nous inscrivons dans un combat que bien peu mènent aujourd'hui. Et cela, nous le menons en notre qualité de citoyens. Pas cette notion fade que beaucoup cherchent à s'approprier à l'occasion des élections régionales non, mais cet aspect vivant de la communauté française qui dépasse les clivages religieux ou ethniques. C'est parce que la citoyenneté est une notion éminemment politique que nous devons tous nous emparer des 220px-Ici_on_s'honore_du_titre_de_citoyen_1799sujets de notre quotidien. À l'occasion des deux ans du Plaidoyer Républicain, c'est ce à quoi nous aspirons : que la citoyenneté ne soit pas passive mais retrouve une vitalité et une vigueur qui lui font défaut de nos jours, et qu'elle change le rapport de force dans notre pays. Pour qu'enfin, la souveraineté populaire ne soit plus qu'un mot creux, mais une réalité bien palpable en capacité de modifier non seulement notre vision du monde, mais également sa réalité.

 

Alexandre EMORINE

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