République ou barbarie

Elle avait disparu depuis le mois de mai, et il aura fallu attendre le 26 septembre pour connaître (peut-être ?) la vérité. Fiona aurait succombé aux coups de ses parents, lors d'une soirée arrosée entre amis. Immédiatement, les réactions se sont accumulées : bien sûr, un dégoût devant de tels actes, doublés de mensonges. Mais depuis quelques jours, un autre type d'idées fleurit, dans les médias et sur internet. Ce phénomène, nous l'avions déjà vu à l’œuvre lors de l'affaire dite du « Bijoutier de Nice ». Un spectre morbide hante la France : celui de la volonté de tuer.

En effet, une page Facebook réclamant la « Peine de mort pour les bourreaux de Fiona » compte à ce jour plusieurs milliers de fans. Quel recul idéologique, quelle effrayante perspective que celle d'ôter la vie à ceux qui se rendent coupables d'un crime ! Après la mort pour un voleur de bijoux, voilà que l'on réclame la mort pour des assassins.

Bien sûr, il ne faut pas être naïf : lorsque la loi Badinter a été promulguée le 9 octobre 1981 – abolissant la peine de mort en France –, une majorité de français (63%) la désapprouvait. Or, depuis, cette tendance s'est inversée. Ils étaient ainsi 53% en 2011 à refuser tout retour à la peine capitale (ici le sondage). Il va sans dire que les 47% restant sont prompts à réagir, je dirais même à sur-réagir, à chaque fait divers tragique qui se passe dans le pays. Bien entendu, la mort d'un enfant comme de toute autre personne est terrible. C'est justement pour cela que l'on ne peut pas vouloir le retour de l'exécution comme exutoire à la révulsion que nous amène l'actualité.

En République, en 2013, nous sommes en droit de penser que nous avons atteint un degré de développement intellectuel empêchant tout retour en arrière. Certains, comme le FN (ici en 2011) voudraient nous ramener à l'état de nature, à une loi de la jungle où tous les conflits se règlent dans le sang. Revenant à une tradition du Moyen-Âge, les rétrogrades veulent réinstaurer une règle du Tallion dans la loi républicaine française. « Œil pour œil, dent pour dent » semblent-ils crier à longueur de temps. Si nous suivons leur logique, quelle peine infliger à un voleur ? Lui couper la main ? Et à un menteur, doit-on le punir en lui tranchant la langue comme le faisaient les hommes du XIIIème siècle ? Ce règne de l'émotion, savamment entretenu par les médias, est la conséquence d'un seul et unique facteur : l'empathie envers la victime et ses proches. Chacun peut aisément se mettre à la place de la famille de cette pauvre petite fille, de ce bijoutier ne supportant plus des braquages à répétitions. Or, un véritable esprit de justice imposerait de se placer du point de vue de la famille du criminel, avant de hurler à la peine de mort à chaque occasion. Avant de dire « si quelqu'un touche à mon fils, je le tue », il conviendrait de dire « si mon fils tuait quelqu'un, je ne pourrais pas supporter que l'on réclame sa mort ». Nous cherchons bien souvent à excuser le bourreau lorsque celui-ci est un proche, jamais lorsque nous ne sommes pas directement touchés par l'affaire.

Maximilien RobespierreUn pays comme la France, avec une République censée avoir amené un degré de civilisation mettant de côté toutes les barbaries humaines, ne peut tolérer une telle remise en cause de ses fondements. Il aura fallu attendre 190 ans entre le premier discours politique réclamant l'abolition de la peine de mort et sa mise en œuvre. Ce discours, prononcé le 30 mai 1791, doit nous éclairer. Le chemin n'a pas toujours été simple pour les progressistes, de Robespierre – l'auteur de ce fameux discours – à Badinter.

Faisons nôtre ce passage du discours de l'Incorruptible (version complète ici), lorsqu'il déclama « […] il faut donc que la loi présente toujours au peuple le modèle le plus pur de la justice et de la raison [...] ». C'est ainsi que doit s'exercer la loi en République.

Alexandre Emorine

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