Ma République va craquer

AttaliJe viens de trouver une nouvelle raison de détester le gouvernement en place. En effet, à cause de celui-ci, j’ai du lire les rapports Balladur et Attali (respectivement ici et ici ) . A défaut d’être brillant, ces rapports commandités par Nicolas Sarkozy mettent en lumière la continuité idéologique de nos deux derniers gouvernements. Les mesures avancent petit à petit, de la plus douce à la plus dure. Ce procédé permet d’éviter une brutalité immédiatement perceptible par le peuple. La continuité au lieu de m’endormir me révolte, surtout quand elle détricote la République !

Je ne suis absolument pas défenseur de la décentralisation du fait de mon attachement profond à la pensée Jacobine. Cependant je ne suis pas dupe. Mon camarade vous a déjà mis en garde hier contre l’extension des pouvoirs réglementaires de la Région. Je ne reviendrai pas sur son exposé, je le considère comme suffisamment clair et intelligible. J’aimerais pour ma part me borner à mettre en lumière deux phénomènes, deux lames de fond extrêmement dangereuses qui nous guettent. Tout d’abord, la suppression des départements.

Les départements, pour la petite histoire, furent crées durant la Révolution afin de réorganiser la France. Pour faire simple, les révolutionnaires ont brisé les seigneuries afin d’éviter que celles-ci ne disposent d’une influence trop importante dans une République en devenir.naissance des départements Depuis, le département s’est vu confier de nombreuses compétences, mais est apparemment tombé en désuétude. Il serait trop petit pour être compétitif et stratégique et trop grand pour résoudre les problèmes locaux. Il est donc considéré comme une entité juridique en voie de disparition du fait de son manque d’adaptation aux avancées de notre siècle. L’affaire semble entendue et peut paraître anodine. Jacques Attali et Edouard Balladur arrivent d’ailleurs aux mêmes conclusions alors pourquoi s’inquiéter ? La réponse est bien souvent comprise dans la question : lorsque Jacques Attali et Edouard Balladur sont d’accord, il faut s’inquiéter. Nos deux protagonistes sont des idéologues. Contrairement à ce que l’ensemble de ces rapports peuvent prétendre, chaque proposition est idéologique et non scientifique. Les résultats et l’opportunité des mesures à prendre sont le fruit d’une réflexion doctrinale étayée par des chiffres et non l’inverse. Ainsi, lorsque ces deux idéologues pensent économie d’échelle, je pense nouveaux sacrifices au détriment du peuple français. En effet, les départements ne sont pas des pôles stratégiques au niveau économique et ils ne permettent pas de résoudre les problèmes locaux. Leur mission est tout autre. Le rapport Balladur présente l’enchevêtrement infâme des compétences de nos collectivités territoriales en sa page 31.

Pour ma part je préfère me référer aux compétences propres du département et je prends le temps de vous alarmer des risques encourus en cas de disparition de celui-ci. En effet, la mission principale du département est d’ordre social. Si l’on cumule l’action sociale (les dépenses relatives au soutien aux familles en difficulté, services d’adoption, hébergement, insertion sociale des personnes handicapées, création et gestion de maisons de retraite…), avec l’Allocation Personnalisé d’Autonomie (versée aux personnes âgées en perte d’autonomie), le financement du RSA (revenu de solidarité active permettant d’assurer un revenu minimal à des personnes qui ne disposent d’aucune ressource ou de ressources insuffisantes) et les dépenses pour l’enseignement (principalement des dépenses pour la construction, l’entretien et l’équipement des collèges) nous obtenons environ 55,86% des dépenses des départements. Ainsi, il y a matière à s’inquiéter. Sous couvert de réorganisation administrative, les libéraux pourront attaquer les dépenses fondamentales auxquelles participe cette collectivité « d’un autre temps » ! (Voici ici un petit graphique présentant les dépenses des départements. Très intéressant!)

En effet, un autre modèle est à l’œuvre et c’est justement le deuxième point que je tenais à exposer dans cet article. Notre président a pour ambition de fusionner les régions. Ce projet est lui aussi particulièrement dangereux pour notre République. Il est indubitablement un pas vers une république fédérale. Selon moi « la République Française est une et indivisible ». Cette formule est présente dès la première République et devrait accompagner notre devise sur tous les bâtiments publics. En effet, plus que de simples mots formant une phrase, cette formule contient en elle l’essence même de la République que nous espérons. Il n’est pas question de concurrence entre différentes composantes de la Nation mais d’unité et de coopération, de vivre ensemble. Chaque gouvernement ne trouve de légitimité que dans sa vocation à remplir les attentes de son peuple. La République ne peut être divisée puisqu’il est impossible de diviser l’intérêt général. Renforcer la concurrence entre les régions revient à éveiller des particularismes locaux et à sacrifier le bien être commun sur l’autel de l’inégalité géographique. Une fois de plus, les projets libéraux ne serviront qu’à détruire notre modèle social et notre capacité à vivre ensemble.

Les collectivités locales ne sont pas parfaites j’en suis parfaitement conscient. Une réforme constitutionnelle est selon moi cruciale. J’ai cependant ici, choisi de défendre des organes qui, à mon regret sont décentralisés et pas déconcentrés. La raison est simple. Je refuse que la République soit sacrifiée dans ses fondements les plus précieux avant qu’advienne le temps de la Sociale, notre 6ème République.

Yann Paczynski

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