Grèce : BHL nous fatigue

bhlBernard-Henri Lévy est une personne que l’on peut qualifier d’obsessionnelle. Il n’est pas nécessaire de revenir sur les conséquences de ses actes et prises de position en Libye, ou ailleurs dans le monde. Le sujet que nous allons traiter sera celui de la situation grecque. BHL, en symbole du courant des nouveaux philosophes, a choisi de s’exprimer sur la question de la Grèce. Pour comprendre le personnage BHL, je vous incite fortement à aller consulter la vidéo d’Usul qui a fait un travail remarquable de décryptage de la pensée BHL. Animé d’un violent anti-marxisme et d’un anti-communisme primaire, c’est par ce biais que le philosophe s’est fait connaitre dans la sphère médiatique.

Que nous dit BHL sur la situation grecque ? Il nous faut reconnaître en premier qu’il est doté d’une constance franchement assumée. Libéral, pro-Junker, et in fine pro-Troïka, voilà le terreau idéologique de l’individu. La taxation d’idéologie est à dessein, car il ne s’agit pas ici de pensées philosophiques : il fait de la politique et donc, nous prenons le choix de lui répondre sur le thème de la politique.

Sans faire référence à une quelconque liste des mesures exigées par les Troïka, BHL assène le fait qu’il serait scandaleux de refuser les réformes. Pour lui, il ne s’agit que d’un « effort fiscal minimal » et en arrive à convoquer l’article 13 de la déclaration des droits de l’homme pour illustrer le fait que sa position est humaniste. La ficelle est tellement grosse que c’est le rire qui nous prend aux tripes tant la faiblesse de l’argumentation est patente. Rappelons quand même à notre expert économique (sic) que les plans d’austérité ont cours depuis 6 ans, où les grecs ont largement consenti des « efforts fiscaux minimaux » : baisse des salaires, baisse des pensions, hôpitaux en déliquescence, décès d’enfants dans écoles non-chauffées en hiver et la liste est longue. Sur ces états de fait, BHL ne dit mot. Pis, il considère que la Grèce doit se mettre en retraite à 67 ans, pour faire comme les autres grands pays européens… Le déni du bonheur humain est la première limite de la pensée BHLienne.

Autre point d’achoppement, la défense militaire. Certes, le budget militaire représente une kim-jong-un-respect-my-authoritahpart importante du PIB grec, mais là encore, la force des arguments de BHL est faible, voire insignifiante. Que la part du budget soit mise en questions, c’est une discussion tout à fait légitime que seul le peuple grec est en mesure de trancher. Si le cœur lui en dit, il peut aller faire campagne, lancer un parti politique, se faire élire sur une base programmatique de diminution de la part de l’état grec dans les dépenses militaires. Là encore, nous choisissons de répondre sur le ton de la rigolade, mais finalement, les accusations de Bernard-Henri sont lourdes de sens. Sa rhétorique consiste à faire de l’association. Par exemple : « la Grèce de Syriza au 5e rang des importateurs d'armes, juste derrière l'Inde, la Chine, la Corée et le Pakistan. ». Quand la politique d’un gouvernement élu démocratiquement ne lui plaît pas, tout de suite, c’est la Corée, la Chine, l’Inde et le Pakistan. Vraiment, on touche le fond !

Il considère Tsipras irresponsable de refuser l’aide bienveillante du FMI qui dans le même temps avait décidé de « l'avant-dernier décaissement des sommes promises à la Tunisie, le maintien ou non de la facilité élargie de crédit au Burundi et la révision des plans d'aide aux systèmes de santé des pays les plus frappés par le virus Ebola ». Quel est le rapport entre ces faits ? C’est la technique numéro un de Bernard-Henri, l’art de l’insinuation ! Utiliser ces comparaisons revient à dire que Tsipras joue le jeu de l’explosion sociale du Burundi et serait responsable de la propagation d’Ebola… Comme si le Fonds Monétaire International était une organisation animée de philanthropie. On rigole. Et on rappelle au philosophe que nombre de pays ont déjà refusé l’aide du FMI et l’on carrément expulsé de leurs frontières. En qualifiant Tsipras d’être animé de « national-populisme », l’allusion se fait encore plus clairement : Tsipras est d’extrême-droite. Il le résume d’ailleurs de cette façon : « Car que lui goldendawn1demandaient, à la fin des fins, et à ce stade de l'histoire, les représentants de ce que, dans une rhétorique qui n'est pas loin de celle de l'extrême droite grecque, il n'appelle jamais que "les institutions" ? ». Le procédé est infâme. Car oui, l’Union Européenne est un ensemble d’institutions. « Selon l'article 13 du traité sur l'Union européenne, ces institutions sont les suivantes : le Parlement européen, le Conseil européen, le Conseil de l'Union européenne (souvent appelé simplement « Conseil »), la Commission européenne, la Cour de justice de l'Union européenne, la Banque centrale européenne et la Cour des comptes européenne.». Si appeler un chat, un chat revient à avoir des pensées d’extrême-droite, BHL doit considérer que 99% des gens sont des fascistes…

Dans la panoplie argumentative de BHL, il y a le mensonge éhonté. Par exemple, sur la mise en place du référendum et de son contexte. Pour Bernard-Henri, Alexis Tsipras a convenu de l’organisation d’une consultation démocratique entre deux visites à Vladimir Pourtine. Je cite : « Et il a fini, à bout d'arguments, et entre deux visites à Poutine, par concevoir cette idée de référendum qui, compte tenu du contexte, des délais et du soin pris, surtout, à obscurcir les termes de la question ». La réponse de décryptage d’ACRIMED ne nécessite pas plus que de citer dans le texte la démonstration du mensonge BHLien :

Second mensonge, et pas des moindres, celui selon lequel Alexis Tsipras aurait pris la décision d’avoir recours à un référendum « entre deux visites à Poutine ». Une argutie rhétorique destinée à jeter le soupçon sur le Premier ministre grec, qui agirait donc sur ordre de Moscou. Le problème est que, là encore, BHL raconte n’importe quoi : la dernière visite d’Alexis Tsipras en Russie remonte au 19 juin, soit une semaine avant l’annonce de l’organisation du référendum et il n’y est, depuis, pas retourné. Certes, BHL finira par avoir raison la prochaine fois qu’Alexis Tsipras rencontrera Vladimir Poutine : la décision d’organiser le référendum aura été prise « entre deux visites à Poutine ». Mais quel rapport entre le référendum et les visites ? Aucun. Mais signalons tout de même à Bernard-Henri Lévy cet autre fait troublant : le vote en première lecture de la Loi Macron (février 2015) a eu lieu « entre deux visites d’Hollande à Poutine » (décembre 2014 et avril 2015). 

Pour finir, la dernière technique de BHL pour discréditer quiconque ne pense pas comme lui : le procès en antisémitisme. Voilà un florilège des insinuations : « rhétorique qui n'est pas loin de celle de l'extrême droite », « démagogue pyromane s'alliant avec les néonazis d'Aube dorée », « la lutte de courants minable au sein de Syriza ». On a envie de dire que celui qui manie l’insulte est celui qui est à bout d’argument. Ce n’est finalement que le résumé de la pensée philosophico-politique de Bernard-Henri Lévy. Il pérore du matin au soir, en imposant à qui veut bien encore l’écouter, ses admonestations anticommunistes et ses procès généralisés en antisémitisme. En guise de conclusion, nous ironiserons sur les entrées cinémas réalisées par ses films, l’arrêt brutal de sa pièce au bout de quelques semaines faute de spectateurs. Nous lui devons quand même le fait qu’Emir Kusturica n’a pas arrêté le cinéma. En effet, il avait affirmé son désir d'arrêter le cinéma. Décision sur laquelle il est revenu en réalisant le film Chat noir, chat blanc en 1998. En 1997 il s’était même trouvé une excuse concernant le retour sur cette décision : après avoir vu le film Le Jour et la Nuit de Bernard-Henri Lévy, il déclare qu’au vu du tort que ce film peut faire au cinéma, il est nécessaire pour lui de reprendre sa carrière de cinéaste. En guise de conclusion, et pour garder le sourire, je vous propose cette séquence du Zapping absolument hilarante.

 Arnaud Guvenatam

5 pensées sur “Grèce : BHL nous fatigue

  1. Lionel

    Bonsoir,

    C'est toujours avec autant de plaisir que je lis vos textes (Alexandre, Arnaud et Yann) même si je leur reproche d'être un peu trop souvent intellectuels (et donc pas à la portée de tous). Mais là, bravo : simple, clair et précis.
    Je rajouterais tout de même que BHL, tout le monde s'en fout. Si je demande dans mon quartier (populaire), la meilleure réponse c'est, ah oui, le mec de...
    Par contre, ce qui se passe actuellement en grèce est crucial. Pour les grecs et les européens d'abord.
    Le résultat du référendum aura des répercussions catastrophiques si le oui l'emporte. Et lorsque l'on voit les moyens employés, aussi bien par les politiques que par les médias aux ordres, ce n'est pas exclu.
    Cela aurait des répercutions tragiques sur la possibilité d'une alternative à la politique d'austérité en Europe.
    Là, est le vrai problème. BHL ? Qu'il aille se faire voir....

    Répondre
    1. Plaidoyer Républicain

      Auteur de l'article

      L'avantage de BHL finalement c'est qu'il est caractéristique d'une époque, d'un mode de fonctionnement et d'une idéologie. Ce n'est pas tant l'homme ou la personne qui est attaquée, mais le système qu'il représente. Alors oui c'est sûrement facile avec lui car de plus en plus de gens commencent à voir clair dans son jeu, mais sa réflexion sur la Grèce est finalement importante dans la dénonciation d'une idéologie qui ne veut surtout pas dire son nom. La campagne de BHL et des autres partisans du oui de 2005 doit vous rappeler un certain nombre de choses.

      Répondre
  2. Pingback:

  3. noune

    Ce type devait être devant une Cour Internationale de Justice, pas dans les médias ! Les citoyens sont vraiment des ânes de laisser ce mec encore se l'ouvrir. Marre !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *