Et demain que ferons-nous ?

charlie amourLe drame est immense, partout des femmes et des hommes se sont levés contre cette barbarie pour crier haut et fort « Je suis Charlie ». Ce message est grand et beau, il symbolise le soutien indéfectible que chacun d’entre nous apporte aux familles des disparus, au monde de la presse et il permet aussi en quelque sorte de nous rassurer. Oui, malgré leurs convictions différentes, les français ont peur aujourd’hui, nous avons tous été touchés par cet acte inqualifiable et nous éprouvons tous de la compassion dans son étymologie première, souffrir avec. Alors que faire pour ne pas sombrer, que faire pour ne pas céder à la panique ?

Dans un premier temps, il est bien évidemment nécessaire que les auteurs de ces crimes soient arrêtés et jugés selon les lois de la République. Il en va de soi. Cependant, je crains dès à présent les retombées médiatiques de l’affaire. On ne peut passer sous silence un tel drame. Néanmoins il faudra veiller à ce que cette tragédie ne soit pas instrumentalisée par l’extrême droite mais aussi et surtout par les journalistes. Charlie Hebdo s’est toujours battu contre les idées d’extrême droite et leur martyr ne peut et ne doit servir cette droite qui se nourrit de la déliquescence du vivre ensemble.

Il faudra aussi reprendre la lutte politique ou tout du moins ne pas l’abandonner. Il est certain que la France entière est en deuil et que cette tragédie laissera des cicatrices. On ne peut oublier ce qu’il vient de se dérouler et quand bien même on le pourrait, il ne le faudrait pas. Ce crime, bien qu’issu de fondamentalistes à l’heure à laquelle j’écris, n’en est pas moins le fait de citoyens français. Des citoyens français qui ont perdu la foi dans notre pacte social. Des citoyens français qui ont préféré se tourner vers la terreur. Pourquimagesoi, comment ? Je n’ai pas les réponses et je mets en garde contre toutes les prises de positions hâtives. Nous n’avons à ce jour qu’un constat à faire : notre République à laissé le terrorisme s’introduire. Depuis des années, nous laissons jour après jour se distiller la haine de l’autre au quotidien. Nous avons perdu en ce pays le sens de l’Universalisme qui faisait notre grandeur et notre force. Nous avons laissé chacun être jugé publiquement en raison de son appartenance ethnique, ou religieuse et non comme simple citoyen. Combien de fois avons-nous entendu « personne d’origine maghrébine », « de confession musulmane » jusque dans la bouche des médias. Combien de polémiques et de grands débats sur les Rroms, l’identité nationale ou encore sur une manipulation de la laïcité ?

Ils ont crée ce terreau propice à la barbarie puisqu’ils ont incarné le rejet que subit nombre de français, considérés comme des sous-citoyens. Cette crise est la cause d’un abandon de la fraternité au sein de la France. La gauche a échoué. Nous avons tous échoué. Nous avons, comme nous le pouvions, essayé de combattre le racisme rampant sans jamais attaquer. Nous avons subi les reculs toujours plus grands des droits humains et nous nous sommes compromis. La gauche parlait de genre humain il y a quelques années et maintenant un gouvernement dit « socialiste » reproduit les politiques anti-immigrés de la droite. Alors, oui il est temps de relever la tête. Plus que jamais il est temps d’affirmer que la richesse de la France vient de sa mixité et de la laïcité qui permet à chacun d’exercer son culte librement et dans le respect des autres citoyens. Il est aussi temps de relancer de grands projets républicains. Nous savons, notamment depuis Bourdieu, que le capital social est le facteur prédominant de la reproduction sociale ; et pourtant quelles mesures avons-nous prises en vue de gommer les inégalités sociales pour permettre à chacun d’être ce qu’il souhaite au lieu d’être ce que ses conditions sociales lui permettent ?

Le racisme et l’exclusion pousse chacun à se renfermer et il n’y aura de salut sans zemmourrefondation républicaine. Il n’y a qu’à faire une revue de presse pour se rendre compte du racisme quotidien de notre société. Après les polémiques sur Dieudonné, Ayoub, Soral, Merah, Zemmour, Finkielkraut, Houellebecq, ou encore tant d’autres pamphlétaires qui segmentent la France selon des origines ou des croyances, nous avons droit au discours « dédiabolisé » du FN. Et la gauche ? Elle est absente. Nous devons reprendre la bataille médiatique afin de rendre nos discours audibles. Je félicite par ailleurs mes camarades de Désinvox du travail qu’ils effectuent. Par leur présence sur le net, ils entrent dans un champ laissé depuis trop longtemps à l’extrême droite. Nous devons redoubler d’efforts pour réussir à exprimer nos projets de société. L’art, la musique, le dessin, l’écriture, chaque support peut toucher et convaincre. Tout ne doit pas être politique mais tout peut servir à faire de la politique. Qui n’a pas été touché par un dessin présent dans Charlie Hebdo par exemple ? Qui n’a pas en une fraction de seconde compris l’enjeu exprimé par ces quelques coups de crayons ? Parfois la politique devrait peut être se passer de long discours… Nous allons donc devoir veiller au grain et surtout être force de propositions, être créatifs et répondre à la haine par plus de démocratie. De ce fait, je n’ai pas envie de croire à l’unité nationale auquel appellent l’UMP, le PS, et le MODEM. Cette unité est la négation même de la démocratie. Elle tue le pluralisme d’opinion. Cette crise est politique et devra être dépassée par des mesures politiques. Ce n’est pas en se rassemblant et en proposant rien ou la même chose que la situation s’améliorera.

Enfin dernier point, qui m’inquiète grandement, la politique de sécurité. Il faudra là aussi veiller au grain. Chacun, ce soir est bouleversé. Cependant, il faut veiller à ne pas succomber à la tentation sécuritaire. Nous l’avons montré partout en France, nous n’avons pas peur et nous traverserons tous ensemble ce traumatisme. Le plan Vigipirate a été évidement élevé au niveau maximum. Cependant, ce plan justifie des mesures exceptionnelles, exorbitantes de droit commun. Le risque de voir les libertés publiques bafouées est donc grand et chaque citoyen devra se montrer attentif à ce que les mesures prises soient strictement nécessaires. Nous ne devons pas répondre à la terreur par la suspicion générale ou encore par le recul des droits fondamentaux et des libertés fondamentales. Nous n’avons pas le choix, la République Sociale à laquelle nous aspirons doit être défendue pied à pied, et poing à poing.

Paczynski Yann

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