Debout la France : à bas la République ?

Pourquoi-Debout-la-Republique-est-devenu-Debout-la-France-Parce-que-la-France-est-en-danger-selon-Laurent-JacobelliCe samedi 27 décembre sur I-Télé intervenait Laurent Jacobelli (délégué national du parti de Nicolas Dupont-Aignan), questionné par Claude Askolovitch. La première question du journaliste fut une demande d'éclaircissement : « pourquoi passer de Debout la République à Debout la France ? ». Voici ce qui est répondu par M. Jacobelli  « Aujourd'hui ce n'est plus la République qui est en danger, c'est la France, la France en tant que nation, en tant qu'entité. Et c'est pour ça qu'on a voulu envoyer cet appel aux Français : Debout la France. » La réponse peut paraître innocente, elle ne l'est malheureusement pas. Elle témoigne d'une droitisation stratégique et d'un changement de valeurs. Que l'on s'entende bien, personne au Plaidoyer Républicain ne se sent proche de feu « Debout la République » et de ses prises de positions contradictoires, tendancieuses et (trop) variées. Mais il s'y trouve quelques républicains sincères à qui l'on se doit de parler. Non pour prêcher la bonne parole, mais pour engager une discussion politique.

Une question vient à l'esprit au vu des déclarations de Laurent Jacobelli. La République ne serait plus menacée ? Il n'aura pas échappé à ceux qui nous lisent régulièrement que nous ne partageons pas ce constat. À fortiori suite à l'année 2014 qui s'achève Et qui aura vu un nombre conséquent d'attaques contre les valeurs républicaines. Ainsi l'austérité voulue par le duo Hollande/Valls ainsi que par Bruxelles amène à la destruction même de la République. Si vous trouvez ces propos excessifs, voici la personne qui les a tenus en premier lieu. La preuve de cette lente destruction ? La montée de l'extrême droite lors des dernières élections. Seconde menace, moins visible, la réforme territoriale, dont l'objectif inavoué en tant que "mère de toutes les réformes" est d'adapter la structure étatique aux mesures d'austérité et au pacte de responsabilité (et oui, le contenant va avec le contenu). Troisième et dernière attaque - on ne peut toutes les citer tant elles sont nombreuses -, la laïcité. Cette fin d'année a cristallisé les tensions autour de cette question. Icia-MENARD-640x468 une crèche dans un Conseil Général (en Vendée, tiens donc) ou une mairie (Béziers), là une célébration de Hanouka (toujours dans la même mairie). Et ces événements ont été l'occasion pour la droite, qu'elle soit dite extrême ou non, d'attaques répétées contre la loi et les valeurs républicaines de laïcité et de liberté de conscience. Au nom de quoi ? De racines chrétiennes ? La République n'a aucune racine religieuse, elle pioche sa philosophie même dans la séparation d'avec le fait religieux. Que l'on interdise tout cela, et rapidement. Tout comme l'on se doit d'interdire les prières de rues catholiques (processions), juives (Menorah sur l'espace public comme nous avons pu le voir à Dijon) et musulmanes (lors de certaines prières du vendredi).

Les exemples ne manquent donc pas d'attaques contre la République elle-même. Il est donc d'autant plus difficile de croire le représentant de Debout la France lorsqu'il balaye ceci d'un revers de main. Surtout que ce dernier, plus tard dans l'interview, se déclare patriote. Or, comme nous l'avons déjà écrit, le patriotisme est indissociable de la République !

La seconde chose à retenir est la justification du changement de nom de « République » à « France » par une menace sur la nation française elle-même. Et là, il y a au mieux méprise, au pire danger. En effet cela supprime le lien, dans la bouche de M. Jacobelli, entre Nation et République, pour créer un lien France-Nation factice et sans fondement républicain. La Nation, en France, c'est un contrat politique entre les citoyens. Et celui-ci trouve son expression dans la République. Il n'y a dans notre régime politique aucun autre fondement à la Nation. Or ici, on cherche à la renvoyer à autre chose. À la France. Sauf que la France, une fois vidée de son aspect politique républicain, qu'en reste-t-il ? C'est très flou. Il y a donc un loup. Que cherche à mettre dans cette France le délégué de Debout la France et que ne veut-il pas y mettre ? Une religion ? Une couleur de peau ? Une origine ? Une classe sociale ? Au vu du soutien que le parti de Nicolas Dupont-Aignan a accordé à Robert Ménard à Béziers pour les municipales, nous sommes en droit de penser que peu de bonnes choses sont mises dans cette France non-politique et donc déjà bien peu française. Ce n'est donc sûrement pas du patriotisme, cher Monsieur Jacobelli, que vous allez prôner mais bien du nationalisme, malgré ce que vous pouvez en dire.

FAUX

Pour conclure, qu'est ce que cela traduit ? Quelle conséquence concrète à ce changement de nom ? L'aboutissement d'une séquence entamée dès les élections municipales de cette année, c'est à dire un rapprochement avec le FN et une droite nationaliste. Les discours qui vont être tenus par ce parti et son chef, le député Nicolas Dupont-Aignan, risquent fort de devenir plus extrêmes au fur et à mesure des semaines et des mois. Il faut être vigilant et n'accorder aucunement le bénéfice du doute aux auteurs de futurs propos tenus qui seraient de nature à fragiliser encore plus l'arc républicain. Aux républicains sincères qui pourraient encore se trouver à « Debout la France » ou qui seraient tentés par le vote en faveur de cette formation aux prochaines échéances électorales, le message est le suivant : le souverainisme n'est pas le nationalisme. Ne tombez pas dans le piège volontairement tendu par les tenants de cette ligne. Si vous aimez réellement la France comme échelle de valeur et comme réalité, défendez la pour ce qu'elle est : une République.

Alexandre Emorine

Une pensée sur “Debout la France : à bas la République ?

  1. grya26

    Cette mise au point s’avère plus qu'utile; elle est nécessaire. Car si la France se voit remise en question dans son intégrité politique, économique, et souveraine; ce n'est pas exclusivement dû à une agression extérieure à visée impérialiste. C'est aussi de son propre fait. En ratifiant le TCE contre la volonté
    populaire après avoir opté pour être membre à part entière d'une U E à la botte des USA avec sa participation à l'OTAN sous commandement américain; la France a perdu de fait les attributions qui font une nation.
    Mais ce qui importe c'est la finalité de ces choix! Et à mon avis , il n'est pas faut de prétendre que c'est la République qui était visée dans son essence même. Nous le voyons bien à travers la remise en cause des services publiques dans les trois fonctions; au profit du secteur marchand. Nous le voyons encore avec la remise en cause de la citoyenneté, quand par exemple l'expression majoritaire est bafouée au profit de l'obéissance aux injonctions européennes. Ou mieux encore en déployant une réforme territoriale sans large concertation populaire. Finalement nous mesurons bien que le passage en force du libéralisme n'est pas compatible avec les valeurs fondatrices de la République française par ailleurs qualifiées de spécificités.
    Aujourd'hui, c'est bien là le terrain des luttes qu'il faut occuper. De notre capacité à préserver l'intégrité sinon l'intégralité de ces valeurs dépend la survie de la République. C'est ce combat qui doit prendre le pas dur tous les autres combien même les questions sociales nous opposent l'urgence qu'il y a à réduire les inégalités. Pour mieux dire, seul un environnement républicain autorise à répondre aux aspirations d'égalité , de justice et de paix.

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