De Darwin à la 6ème République

Une fois n’est pas coutume, je vais parler longuement de la recherche scientifique. Sans prétention aucune, je souhaite que les lecteurs du Plaidoyer Républicain soient sensibilisés à un domaine qui a révolutionné le monde ces deux derniers siècles : la Théorie de l’Évolution. Je pense que chacun a une vague idée de ce dont il s’agit, mais je n’ai pas l’intention de faire un cours magistral. Non, le but de ce long article est que tout un chacun puisse faire les ponts entre la recherche scientifique et la politique en général. En effet, le rôle de la science depuis un certain nombre d’années a été d’agir de telle sorte qu’aucune article_bogdanoffpasserelle avec la politique ne soit rendue possible. Peut-être est-ce le choc du discrédit qu’a eu l’utilisation fallacieuse de la génétique par les soviétiques au travers de Trofim Lissenko ? Dans une certaine mesure c’est une critique des scientifiques que je fais. Trop rares sont ceux qui prennent position. Les plus médiatiques font rire la communauté scientifique, à l’instar des Boris Cyrulnik et autres frères Bogdanoff.

La révolution évolutionniste.

 

Comme je le disais plus haut, l’avènement de la théorie de l’évolution de Charles Darwin a révolutionné le monde et la représentation que nous nous en faisions. Je ne vais revenir sur les conditions qui ont été réunies autour de Darwin et qui ont permis la publication de « l’Origine des espèces » en 1859. Trop souvent, la sélection naturelle a été définie comme étant « la survie du plus apte ». Selon moi, la vulgarisation de cette définition a été imposée par les philosophes d’essence libérale. Il est clair que l’application politique à cette philosophie implique que la coopération est une vue de l’esprit. La métaphore naturelle est souvent invoquée, par exemple lorsque vous entendez dire « qu’il vaut mieux être un prédateur qu’une proie, que c’est la survie du plus fort » et ce genres de poncifs éculés jusqu’à la moelle. Des applications politiques telles que l’eugénisme ont été des horreurs sans nom. Il est vrai qu’au moment de la sortie de l’origine des espèces, Darwin a posé les limites de sa théorie. Il n’était pas en mesure de comprendre pourquoi certains insectes eusociaux ont un Hamiltonniveau de coopération si élevé, par exemple dans les termitières, les fourmilières ou les ruches. Mais les insectes ne sont pas les seuls animaux à pratiquer la coopération, nous pouvons le voir chez des mammifères comme les suricates par exemple. Bref. Il a fallu attendre les travaux de William D. Hamilton en 1964 (popularisés par John Maynard Smith) et sa théorie de la sélection de parentèle pour appréhender le problème posé par la coopération. Donc oui, l’altruisme et la coopération sont des réalités dans la nature.

Le pont entre découvertes scientifiques et économie.

cooperationPour la faire courte, je vais parler succinctement de ce que l’on appelle la théorie des jeux. Il s’agit de développements mathématiques permettant de déterminer une action en fonction des types d’actions que pourraient avoir le partenaire avec qui l’on joue. Je vous invite à aller regarder le jeu du dilemme du prisonnier itéré par exemple. Ce pan des mathématiques a eu des implications fortes en économie. Puis dans les années 50, l’équation de Nash et la notion de stratégie évolutivement stable a permis de combler un trou conceptuel dans l’évolutionnisme, qui paraissait privilégier l'égoïsme. Il s’agit de la matérialisation mathématique de la coopération. Comme dans tous les jeux, ce qui va déterminer la façon dont nous allons jouer, ce sont les règles. Le Monopoly ne serait pas ce qu’il est si vous aviez la possibilité de sous-louer à un ami votre hôtel rue de la Paix ou si vous aviez une structure, appelons-là État, qui viendrait réquisitionner vos maisons ou autres hôtels ou qui mettrait en place des impôts ! Avant de poursuivre la réflexion sur le plan politique, faisons d’abord quelques remarques sur la notion même de coopération.

La coopération : un égoïsme qui ne dit pas son nom.

Beaucoup de personnes auraient tendance à penser que l’altruisme social et la coopération seraient grosso modo la définition de l’équité. Une manière de dire que ces comportements seraient issus d’une exigence morale spécifiquement humaine et acquise. En 2008, une équipe de scientifiques, autour d’Ernst Fehr, a travaillé sur les comportements de partage chez les enfants (Egalitarianism in young children). L’étude nous apprend qu’à trois ans les enfants n’ont pas le sens du partage et que vers sept à huit ans, nous constatons que les enfants sont plus enclins à donner leurs bonbons. La conclusion que tout le monde est amené à faire est que cette coopération, cet altruisme là n’est pas égoïste. Pourtant, il faut bien dire que toutes les expériences ont été faites en présence d’un observateur adulte. Il y a donc cette hypothèse que les enfants en âge de comprendre qu’ils peuvent être jugés par un tiers partagent finalement de façon contrainte. On parle alors de prestige social ou coopération coercitive. De mon point de vue cette vision est intéressante car personne n’aime être mal jugé par la société. Même si la tentation de rester égoïste est forte en gardant ses bonbons pour soi, on peut tirer un bénéfice individuel supérieur à partager plutôt qu’à tout garder pour soi. On se fait mieux voir en quelque sorte. Alors d’aucun diront que c’est scandaleux d’appréhender la notion de partage sous cet angle-là. Mais force est de constater que je ne porte pas de jugement moral sur le partage en tant que tel, mais nous constatons que le dit « partage » a bel et bien eu lieu. Dans ce cas-là aussi, certaines règles sont opérantes dans la manière d’aborder le rapport à autrui. Et donc si je résume, ce sont les règles qui définissent individuellement comment il faut se comporter avec son prochain.

La 6ème République : des règles de partages.

Pour terminer cet article, je me dois de passer sur le champ politique. Je ne veux surtout pas laisser imaginer que la façon dont on doit penser la société doit être scientifique ! J’ai essayé, tant bien que mal, de montrer que ce sont les règles qui soulignent les contours de ce que serait la mise en place de la coopération dans la société. Mais qui décide des règles ? Bien évidemment, c’est le législateur, et donc le politique. Il serait intéressant que nous nous plongions collectivement dans les œuvres de Jacques Généreux par exemple. J’ai cet économiste en tête car en France, je pense que c’est un des premiers à avoir vulgarisé un certain nombre de choses sur le sujet. Je vous incite à lire la trilogie « L’autre société ; La Jean-JauresDissociété ; La grande régression » Dans notre 6ème République, nous voulons que le citoyen soit partie prenante de la politique et qu’il décide ce qui est bon pour tous, mais également pour lui. Il ne s’agit pas, dans le modèle de société que nous voulons, de substituer la tyrannie du groupe contre l’individu. Non, il s’agit de définir les règles permettant l’émancipation des individus au travers d’une communauté politique de coopération. Je laisserai les lecteurs, les économistes et qui le veut, décliner les solutions permettant d’ancrer dans le réel cette philosophie au travers de la République. Bien sur, j’ai ma petite idée, mais le but de l’article est également d’amener le débat, autour de ce concept jauressien de République Sociale.

Arnaud Guvenatam

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